« Le Grand Méchant Loup »
Posted : 07 juillet 2008, 22h01


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David Stern divise, et ce n'est pas nouveau. Accusé de dénaturer le basket au profit du marketing, d'instaurer des mesures discriminatoires (dress code) ou de distribuer des amendes à tour de bras, le commish NBA semble désireux de s'attirer les foudres du plus grand nombre. Dernier grief en date : l'instauration en 2006 d'un age minimum de 19 ans pour la draft, qui plus est doublé d'une année post high school obligatoire pour les ricains. Un moyen d'obtenir, selon la grande ligue, des joueurs plus mûrs sur le plan mental mais aussi physique. Les échecs Kwame Brown ou Gerald Green ont en effet montré des jeunes très friables, car rapidement plongés dans un univers de médiatisation à outrance. L'année supplémentaire après le lycée, effectuée pour le coup à l'université, se veut donc formatrice.

La NCAA affiche dans cette optique un modèle hybride ; d'un côté, un niveau de jeu semi-pro, alliant qualités athlétiques naturelles et des notions tactiques complexifiées. De l'autre, une exposition croissante, somme toute contrôlée. Sa condition d'étudiant athlète le ramène notamment à certaines contraintes : pas de sponsoring, représentants interdits, aucun contact ou presque avec la NBA. Un mal pour un bien en somme, puisqu'il permet à coup sur à de nombreux jeunes de maîtriser leur soif de gloire immédiate. En cela, la vision défendue par Stern est tout à fait acceptable. Ses futurs ouailles ne sont pas livrées à eux-mêmes, la communauté universitaire jouant une sorte de cocon protecteur. Pourtant, la question se pose quant au "bridage" que peuvent subir des joueurs déjà ultra dominants. Ne veut-on pas faire rentrer les Rose, Beasley ou Bayless dans un moule quand on les envoie en fac ? Qu'est-ce qu'a à gagner un joueur comme Durant, outrageusement au-dessus du lot, raisonnablement sain d'esprit, durant (notez le jeu de mot imparable) une unique saison universitaire (excepté un titre de player of the year) ? Durant sorti d'High School ou de Texas, n'aurait-il pas fait le même carton ? Probablement... ou pas. Dans tous les cas, ces questions ne cesseront pas d'alimenter le débat, surtout quand on voit que 11 Freshmen ont été sélectionné lors de la dernière draft. L'unique saison universitaire, une manière polie de dire : "Shut up and let me go !" ??

Le cas Brandon Jennings

Jusqu'à présent, les principaux concernés, à savoir les joueurs, ont globalement joué le jeu, passant une saison voire plus sur les bancs du college. La donne pourrait cependant changer d'ici quelques jours ou semaines. Le phénomène Brandon Jennings a en effet affirmé avec conviction dans le courant de la semaine dernière, vouloir passer outre la fac. Les règles stipulant qu'un lycéen envisageant la draft devant passer au moins une saison hors de ce cadre, le meneur admet alors l'hypothèse d'une... année à l'étranger, plus précisément en Europe. Mais pourquoi se tourner vers le vieux continent quand on a le total package du point guard moderne, un jump de malade mental et la coupe de cheveux de Dominique Wilkins ? Jennings doit en fait l'idée à Sonny Vaccaro (voir photo ci-dessous), connu pour avoir fait signer à MJ son premier deal de shoes avec la firme Nike. Il est aussi le créateur du prestigieux ABCD Camp, qui réunit tous les ans début juillet les meilleurs lycéens du pays. Fort de ses relations privilégiées avec les top prospects, il a joué un rôle de mentor ou de conseillers avec beaucoup d'entre eux. Ces derniers ont d'ailleurs, à son initiative, bien souvent sauté la case college au profit d'une NBA lucrative, quand cela était encore permis. Les mesures de Stern ont cependant mis des bâtons dans les roues à Vaccaro, voué à se soumettre dans un premier temps au shériff en place. Le gourou du "sport marketing" avait toutefois trouvé une parade l'an dernier et menacé du même coup les instances NCAA et NBA. Son projet : faire signer plusieurs jeunes talents (O.J. Mayo, Bill Walker, entre autres) dans des clubs du vieux continent. Outre la forte progression envisagée par un placement en Europe, Vaccaro compte faire comprendre ici son total refus du nouveau format de la draft. Plus une revanche orientée business qu'un terrible soucis des athlètes.

Quoiqu'il en soit, l'hypothèse de jouer près de chez nous avorta, par peur du risque assurément. Néanmoins comme présumé, David Stern est masochiste. L'homme aux cheveux blancs semble s'ennuyer en dehors des conflits. C'est pourquoi il jetait il y a quelques mois de cela un nouveau pavé dans la marre en déclarant vouloir hausser l'age minimum de 19 à 20 ans. Il n'en fallait pas moins pour jeter un froid chez les agents, sponsors et stars en devenir. A commencer par ledit Brandon Jennings, promis aux cieux alors qu'il n'est pas même assuré de jouer en Fac. Il lui est en effet nécessaire de réussir le SAT, l'examen d'entrée à l'université, pour soulever les foules d'Arizona, pour qui il s'est théoriquement engagé. Sans cela, c'est la rue... ou des systèmes parallèles (JUCO) bien au-dessous de son niveau sportif. La solution "made in overseas" est donc la seule alternative potable, d'ailleurs potentiellement plus intéressante compte tenu du niveau de compétition ainsi que le salaire qu'il pourrait recevoir (entre 200 000 et 500 000 $ selon certains dirigeants). Le kid de Compton nie toutefois baser sa réflexion sur la paye, tout comme sa possible inégibilité universitaire. " On ne souhaite pas qu'il y aille (ndlr : en Europe) pour être le premier dans ce cas là. C'est juste le meilleur endroit possible pour son développement " clame même Kelly Williams, le père du meneur des Nets Marcus, et proche de la famille Jennings. L'affaire n'est en tout cas pas prête d'être résolue, puisque aucun accord ou même entrevue avec un club n'a été programmée. De plus, Brandon n'a pas passé son SAT à la même période que le reste de sa classe d'âge, en raison notamment de son calendrier extra-scolaire abondant. Ainsi, les résultats finaux sont attendus ces jours-ci au plus tard.

L’exode vers l’Europe : un syndrome contagieux ?

On en est donc pour l'instant au stade du cheminement. L'impact d'un basketteur du standing de Jennings, annoncé comme la petite merveille de la draft 2009, est cependant d'ores et déjà considérable. Ses envies d'ailleurs font des émules chez les plus jeunes. Renardo Sidney, qui entre dans sa dernière année High School, admet ainsi être tenté par un trip hors de ses frontières natales. Courtisé par les plus grandes institutions (Ohio State, UCLA, Michigan State), le power forward a remis son choix à plus tard, tant le discours européanophile le gagne. C'est d'ailleurs plus un rejet de la NCAA qui le pousse à fuir : " On est pris pour des esclaves. Personne ne peut rien t'offrir sous peine de sanction, pas même un hamburger. Par contre, ils ne se gènent pas pour vendre des jerseys à ton nom et remplir leurs salles ".

Il est vrai que certains étudiants athlètes deviennent vite des superstars, avant même d'avoir foulé les parquets pros. Dès lors, dès que leurs noms sont appelés sur le podium à la fin juin, la grande ligue s'empresse de récupérer tout un buzz entamé chez les universitaires. La NCAA se transformerait-elle en ligue de développement de sa grande soeur plus fortunée ? Si un tel constat ne sera jamais avoué, fort est de constater qu'un sacré marché s'effectue entre les deux. Exposée, étendue, flashy, la NCAA a les moyens de faire connaitre n'importe quel bon joueur. Un lycée sort de l'anonymat quand son leader crève les plafonds, et cela ne se reproduit pas aussi souvent qu'une fac qui peut sortir un ou deux draftés par an pour les meilleurs programmes. On comprend alors aisément les motivations de notre ami David, qui avec un travail pré-maché peut au final aisément arriver à de gros profits.

L'homme aux cheveux blancs devra pourtant surveiller ses arrières s'il ne veut pas devenir l'arroseur arrosé. Si l'idée d'un exode massif des lycéens reste hypothétique pour le moment, voir complètement inenvisageable selon certains, il est impossible de négliger cette possibilité au vu de la fermeté de la grande ligue concernant la draft. Un compromis semble le système le plus avantageux pour les surdoués de la balle mais aussi la NBA. Laisser le choix entre une entrée directe post high school et une durée d'étude minimum pourrait être une bonne amorce. L'étudiant-athlète s'engagerait par exemple pour 24 mois, et pourrait être passible de sanctions sportives ou administratives s'il venait à quitter l'enseignement avant le terme, ou ne pas atteindre les notes minimum. Dans tous les cas, l'hyperpuissance NBA devra lâcher du lest si elle ne souhaite pas se mettre plus de monde à dos. Par ailleurs, si vous habitez en Espagne, Russie ou Grèce, vérifiez que ne traine pas un Jennings, Stephenson ou Favors dans les rosters Euroleague. Un tournant est peut-être en marche…

Théo



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